
Hier midi, je profitais tranquillement de la magnifique journée ensoleillée, quand mon état de plénitude heureuse, de grand bonheur a été troublé par l'arrivée de mon oncle pour l'apéro. Mon oncle... cet homme un peu rustre et à la démarche martiale (pas très étonnant pour un militaire, il est vrai).
Après avoir parlé du beau temps et du pouvoir d'achat, il en est très vite arrivé à me questionner sur ma situation professionnelle et mes recherches d'emploi infructueuses (sujet passionnant, chacun en conviendra). Je me suis donc lancée, d'une voix monocorde, dans un compte-rendu très succinct. Je pensais bêtement qu'une fois mon soporifique récit terminé, on allait passer à autre chose. Mouais... ben je me suis rarement autant fourvoyée... Les dizaines de CV envoyés auxquels personne ne daigne répondre, mes quelques entretiens foireux, tout ça c'était l'amuse-gueule....
J'ai eu droit à un discours magnifiquement réac et superbement ultralibéral que je m'en vais vous conter... Petit florilège :
« Ouais, enfin... tu trouves pas de boulot... Tu trouves pas de boulot qui corresponde à tes exigences surtout. » « Parce que du boulot, y'en a plein. Y'a je ne sais combien d'emplois qui ne sont pas pourvus en France. Pour lesquels on ne trouve personne. » « Mais bon, c'est plus facile comme ça. Quelques allocs, l'aide de papa/maman et on est tranquille. » « À notre époque, on avait pas autant d'exigences. Maintenant, les jeunes, il leur faut un boulot de cadre dès le début de carrière, un bon salaire, etc. » « Parce que si vraiment tu voulais travailler, y'aurait pas de problème. Tu trouverais très facilement, je peux te le dire. Moi si tu veux bosser, tu peux commencer dès demain matin. À côté de chez moi, y'a un chantier. Ils sont pas au complet. Dans le BTP, ils manquent du monde. Ils leur manquent plein de monde. Mais après, c'est sûr, couler du béton, transporter des parpaings, des sacs de sable, c'est un métier pénible. »
À ce moment précis, mon père et mon grand-père ont ri. C'est vrai que l'image de « moi portant des parpaings ou un sac de 10 kg » a quelque chose de profondément hilarant. Vous ne savez pas à quoi je ressemble, mais pour vous donner une idée, je suis à peu près aussi charpentée que Kate Moss ou Irina Lazareanu.
Mon oncle a poursuivi son discours sans prêter attention à leurs ricanements :
« Si on mettait en relation les emplois non pourvus et les chômeurs, ben y'aurait plus de chômage en France. Mais pour ça, faut une décision politique courageuse. Ils envisagent un peu de le faire, mais c'est trop mou. Moi je dis, dès la première proposition d'emploi refusée, hop, on retire les allocations chômage. Tu verrais que ça irait mieux. On a créé une génération d'assistés, de fainéants. Faut revenir sur tout ça. Les allocations chômage, faut qu'elle soient très dégressives tout de suite. Pour que la personne soit incitée à reprendre une activité très vite. Quant au RMI, pfff, je vous dis même pas ce que j'en pense... ».
Ce n'est évidemment pas la première fois que j'entends ce genre de propos (et sûrement pas la dernière...). Mais c'est la première fois que je suis visée directement. Et ça fait un drôle d'effet...